Chronique d’un clip :  »l’Abduction » de Jann Halexander

A l’heure où trop d’artistes cèdent aux clips ultra-léchées, sophistiqués avec montage accéléré, bref cèdent aux effets de mode, Jann Halexander fait partie de ceux qui choisissent d’être à contre-courant pour mieux se situer dans l’intemporel. Le clip ‘L’Abduction’, réalisé par Monique Hottier et mis en ligne le vendredi 16 février sur les plates-formes vidéos, évoque ces films fantastiques des années 70, à l’atmosphère sombre et malsaine où la lenteur et la tension distillée étaient privilégiées.
Ouverture : un pont, la neige, le silence de l’hiver. Puis un manoir. Plan suivant : un homme (campé par Claudy Corvo) dans une salle de bain. Il répète avec obsession qu’il n’est pas fou. Il est mal, il crie, il hurle, il tremble, il pleure. Pourquoi ? La chanson, portée par la voix grave d’Halexander débute et évoque un homme puis une femme aux prises avec des souvenirs angoissants. Un viol intime ? Sans doute, mais il y a plus que ça. Une femme avance dans la neige, pensive (Monique Hottier). Une lumière apparaît haut dans la nuit, qui change de couleur, passant du vert au bleu. Un homme (Jann Halexander) regarde la neige tomber (regarde t-il ou pense t-il ?) à travers la fenêtre. Dans la nuit
Retour sur le personnage du début qui dessine frénétiquement quelque chose avant de prendre des médicaments. La caméra par dessus son épaule laisse apercevoir des visages étranges, grandes têtes , grands crânes et yeux immenses. Des Aliens. On retrouve l’homme dans une station service. Paumé. Où va t-il ? Il ne souhaite pas rentrer chez lui et être confronté à ces extraterrestres qui semblent le suivre.
Est-ce lui qui court dans la neige, essoufflé, terrifié, comme s’il fuyait quelque chose ? Le spectateur est à sa place et éprouve l’angoisse dans cette forêt-prison.
La nuit tombe. Une lueur étrange éclaire des arbres. Une main dans la pénombre apparaît à travers une fenêtre. Une main étrange à trois doigts.
La femme semble fascinée par une lumière qui l’éclaire. Le plan suivant montre son sac à main, comme s’il était laissé là. Que s’est-il passé ? Aurait-elle été enlevée ?
Le personnage campé par Jann Halexander tombe sur le sac, en sort un dessin. Similaire à celui dessiné par le protagoniste du début. Une tête d’alien.
La chanson se termine et cède la place à un bruit étrange, une sorte de cor venu de loin. L’ovni est quelque part, forcément. On ne le voit pas à travers les arbres. La voiture du personnage campé par Claudy Corvo semble abandonnée dans la forêt, portière grande ouverte, personne. Le temps s’assombrit, laiteux et gris, pendant que le générique défile.
J’ai revu pour ma part plusieurs fois de suite le clip, intriguée par l’atmosphère, le poids de la suggestion (tellement plus efficace que tout montrer). L’idée de la suggestion est d’ailleurs cohérente avec ce phénomène des aliens et des ovnis, qui se dérobe facilement à l’homme, phénomène connu pour sa dimension élusive (merci wikipédia). L’histoire, l’ambiance, la chanson, tout est mystérieux et clivant évidemment. Des gens aimeront et d’autres détesteront passionnément.
La chanson est grave, trouble et dénuée de tout prosélytisme. Une chanson chantée avec les tripes, crescendo. Jann Halexander a t-il vu un ovni ? Je n’en sais rien, et ce n’est pas le plus important. Car en fait, Jann Halexander est un ovni.
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